Lettre à Coluche

Cher Coluche

Le jour où j’ai appris que tu présentais à l’élection présidentielle de 1981, j’étais loin de me douter que ça marquerait ma vie.Coluche humoriste militant restos du cœur

Je te voyais de temps en temps à la télévision, étrange bonhomme avec ta coupe de cheveux rigolote, tes lunettes rondes et ta salopette. Tu nous parlais de la lessive qui lave plus blanc que blanc ou de papy Mougeot qui faisait avancer le schmilblick. Même sans saisir toutes les subtilités de tes sketches, tu me faisais déjà rire.

Du haut de mes onze ans, je n’ai pas compris toutes les conséquences de ta candidature. A l’époque, la majorité des gens pensaient qu’il ne s’agissait que d’un coup de publicité comme l’avait fait avant toi un autre humoriste : Pierre Dac. En 1965, il avait créé son parti politique : le M.O.U. (Mouvement Ondulatoire Unifié) dont la devise était « Les temps sont durs ! Vive le MOU ! ». Alors quand tu t’es présenté avec ton slogan : « Jusqu’à présent la France est coupée en deux, avec moi elle sera pliée en quatre ! », il était logique de penser que tu réitérais le coup d’éclat de Pierre Dac. Je me souviens encore d’une couverture du journal satirique Hara-Kiri qui clamait que Coluche et Georges Marchais visaient le même but : le P.C.F (Premier Clown de France).

Je n’avais pas su percevoir le militant à travers l’humoriste.

Et militant, tu le fus à de nombreuses occasions, comme lors de ton « mariage » avec Thierry le Luron pour défendre la cause du mariage homosexuel, ou au côté d’Harlem désir pour la création de SOS Racisme. Et bien sûr, tu as su venir en aide aux plus démunis en créant les restos du cœur, avant de nous quitter l’année suivante.

Ta mort fut un choc. Toi qui occupais tant de place, comment as-tu pu disparaître si brutalement ? Un accident de moto, c’était tout simplement incroyable. D’ailleurs certains ne l’ont jamais cru. L’hypothèse du coup monté a été évoquée par tes amis, ceux qui étaient présents le jour du drame. Avec ta popularité et ton franc-parler, tu dérangeais beaucoup de monde, mais en arriver là, je n’y croyais pas. Depuis, le monde n’a cessé de me surprendre par les atrocités que les hommes sont capables de faire, alors maintenant, je doute.

En grandissant, j’ai pu voir tes sketches, tes films et certaines émissions où tu étais invité. Comme le « jeu de la vérité » où tu as bluffé tout le monde en utilisant tes jokers dès le début pour te livrer, sans artifice, dans la suite de l’émission. Au fur et à mesure, j’ai appris à te connaître et le petit bonhomme en salopette est devenu pour moi un grand homme, avec ses défauts bien sûr, mais avec un cœur énorme. Les restos ont continué et se sont développés, aidant chaque année de plus en plus de gens. Tu peux en être fier. Il y a même une loi qui porte ton nom, et ça pour un « ancien pauvre comme toi », c’est la grande classe.

Sache que tu n’es pas mon idole, d’ailleurs je n’en ai pas. J’ai du mal à adorer quelqu’un que je n’ai jamais rencontré. Si je devrais prendre des idoles, ce serait mes parents, car malgré toutes les difficultés de la vie, ils sont toujours là pour moi et mes frères. Néanmoins, Coluche, tu es un modèle et tu me manques.

Quand je regarde l’actualité et les tragédies qui se passent en ce moment dans le monde, je pense à toi et t’imagine vivant parmi nous. Je te vois lancer, avec ta clairvoyance et ton énergie, un projet encore plus exceptionnel que les restos du cœur. Je me dis que toi utilisant les moyens de communication actuels, ça aurait été un truc de fou. Tellement fou que je ne peux pas le concevoir, mais je suis persuadé que tu aurais fait bouger les choses et que ça aurait été grandiose.

Alors où que tu te trouves, j’espère que tu es avec une bande de potes et que tu te fends la gueule. Et là-bas, si tu peux recevoir des messages, j’aimerais juste te dire ces trois mots :
Je t’aime, Enfoiré.

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